Hypokaliémie (potassium bas) : définition, sévérité, démarche diagnostique et causes
L’hypokaliémie, ou potassium bas, se définit par une kaliémie inférieure à 3,5 mmol/L. Elle est légère de 3,0 à 3,4 mmol/L, modérée de 2,5 à 2,9 mmol/L et sévère en dessous de 2,5 mmol/L ou lorsqu’elle est symptomatique. Elle résulte surtout de pertes urinaires ou digestives ; la kaliurèse, l’équilibre acide-base et la magnésémie orientent vers la cause.
Autres noms Potassium bas · Kaliémie basse · Hypokalémie
Définition
Le Manuel MSD définit l’hypokaliémie par une concentration sérique du potassium inférieure à 3,5 mmol/L, liée à un déficit des stocks corporels de potassium ou à un déplacement anormal du potassium vers l’intérieur des cellules.
Manuel MSD — édition professionnelle ↗ Normes et conversion : Kaliémie →Classer l’anomalie
Sévérité (kaliémie)
Retentissement clinique attendu
Voie de recharge selon la kaliémie
Démarche diagnostique
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Faire un ECG
Un ECG est recommandé chez tout patient hypokaliémique : sous-décalage du segment ST, diminution de l’amplitude de l’onde T et augmentation de l’onde U, souvent visible de V4 à V6. Des troubles du rythme sont possibles : bradycardie sinusale, extrasystoles auriculaires et ventriculaires, tachycardies paroxystiques, bloc auriculoventriculaire, tachycardie ou fibrillation ventriculaire.
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Rechercher une cause évidente
La cause est habituellement apparente à l’anamnèse, en particulier médicamenteuse ; sinon, des analyses complémentaires sont nécessaires.
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Écarter un transfert vers les cellules
Éliminer d’abord une acidose et les autres causes de transfert du potassium vers les cellules (effet bêta-adrénergique, hyperinsulinémie), puis mesurer le potassium urinaire et la magnésémie.
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Mesurer l’excrétion urinaire du potassium
Le recueil des urines de 24 heures est la meilleure méthode : une excrétion supérieure à 15 mmol de potassium par jour traduit une perte rénale inappropriée. À défaut, un rapport potassium/créatinine sur échantillon urinaire supérieur à 1,5 mmol/mmol (13 mEq/g de créatinine) oriente aussi vers une perte rénale.
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Évaluer l’équilibre acide-base
Acidose métabolique avec faible kaliurèse : pertes digestives basses (laxatifs, adénome villeux). Acidose avec perte rénale : acidocétose diabétique ou acidose tubulaire rénale de type 1 ou 2. Alcalose métabolique avec faible kaliurèse : vomissements ou diurétiques. Alcalose avec perte rénale et pression artérielle normale : diurétiques, vomissements, syndrome de Gitelman ou de Bartter.
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Tenir compte de la pression artérielle
Une perte rénale inexpliquée avec hypertension artérielle oriente vers une tumeur sécrétant de l’aldostérone ou un syndrome de Liddle. Avec une pression artérielle normale, elle évoque un syndrome de Bartter ou de Gitelman, mais une hypomagnésémie, des vomissements volontaires et un abus de diurétiques sont plus fréquents.
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Principales causes
Pertes digestives
Diarrhée chronique
Y compris l’abus chronique de laxatifs et les dérivations intestinales ; plus rarement adénome villeux du côlon, ou ingestion d’argile (bentonite) qui lie le potassium.
Source ↗Vomissements ou aspiration gastrique prolongés
La perte de potassium est surtout rénale, par l’alcalose métabolique et la stimulation de l’aldostérone liée à la déplétion volémique.
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Transfert du potassium vers les cellules
Insuline et renutrition
Administration d’insuline ; glycogenèse pendant une nutrition parentérale ou une hyperalimentation entérale.
Source ↗Stimulation bêta-adrénergique
Bêta-2-agonistes (salbutamol, terbutaline) ; parfois thyrotoxicose (paralysie périodique thyrotoxique hypokaliémique).
Source ↗Paralysie périodique familiale
Maladie autosomique dominante rare : épisodes transitoires d’hypokaliémie marquée, souvent déclenchés par un repas riche en glucides ou un effort physique.
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Pertes rénales
Excès d’effet minéralocorticoïde
Hyperaldostéronisme primaire, syndrome de Cushing, tumeurs sécrétant de la rénine, hyperaldostéronisme sensible aux glucocorticoïdes, hyperplasie congénitale des surrénales ; réglisse naturelle (glycyrrhizine).
Source ↗Tubulopathies
Syndromes de Bartter, de Gitelman et de Liddle ; acidoses tubulaires rénales, syndrome de Fanconi.
Source ↗Hypomagnésémie
Souvent associée à l’hypokaliémie par des causes communes (diurétiques, diarrhée), elle augmente aussi les pertes rénales de potassium.
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Médicaments
Diurétiques
De loin la cause médicamenteuse la plus fréquente : diurétiques de l’anse, thiazidiques et osmotiques.
Source ↗Laxatifs
Surtout en usage excessif ; l’abus caché de diurétiques ou de laxatifs est une cause fréquente d’hypokaliémie persistante.
Source ↗Autres médicaments
Amphotéricine B, pénicillines antipseudomonas (pipéracilline), pénicilline à forte dose, théophylline.
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Apports insuffisants
Diminution des apports
Cause possible, mais l’hypokaliémie est habituellement liée à des pertes urinaires ou digestives excessives.
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Pièges et sécurité
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01
Corriger aussi le magnésium
Lorsque l’hypokaliémie s’accompagne d’une hypomagnésémie, les deux carences doivent être corrigées pour arrêter la perte rénale de potassium.
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02
Cardiopathie ou digoxine
En cas de cardiopathie significative ou de traitement par digoxine, des troubles de la conduction sont possibles même en cas d’hypokaliémie légère.
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03
Respecter la vitesse de perfusion
Par voie périphérique, la concentration ne doit pas dépasser 40 mmol/L et la vitesse standard 10 mmol/h. En cas d’arythmie hypokaliémique, jusqu’à 40 mmol/h par voie centrale, seulement sous monitoring cardiaque continu avec kaliémie horaire.
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04
Éviter les solutés glucosés pour la dilution
L’insuline sécrétée en réponse au glucose peut aggraver transitoirement l’hypokaliémie.
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05
Acidocétose diabétique
Un déficit potassique total peut coexister avec une hyperkaliémie : l’apport IV de potassium est alors différé jusqu’à ce que la kaliémie commence à baisser.
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06
Surveiller la kaliémie sous diurétique
La supplémentation systématique n’est pas nécessaire, mais la kaliémie doit être surveillée, surtout en cas de dysfonction ventriculaire gauche, de digoxine, de diabète ou d’asthme traité par bêta-2-agonistes.
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Questions fréquentes
Que signifie un potassium bas (hypokaliémie) ?
Un potassium bas, ou hypokaliémie, correspond à une kaliémie inférieure à 3,5 mmol/L. Elle est légère de 3,0 à 3,4 mmol/L, modérée de 2,5 à 2,9 mmol/L et sévère en dessous de 2,5 mmol/L ou lorsqu’elle est symptomatique.
Quelles sont les causes d’une hypokaliémie ?
Elle est habituellement due à des pertes excessives, urinaires ou digestives : diurétiques (cause médicamenteuse de loin la plus fréquente), diarrhée ou abus de laxatifs, vomissements, excès de minéralocorticoïdes, tubulopathies, hypomagnésémie. Plus rarement, elle résulte d’un transfert du potassium vers les cellules (insuline, bêta-2-agonistes) ou d’apports insuffisants.
Quels sont les symptômes d’une hypokaliémie ?
Une hypokaliémie légère provoque rarement des symptômes. Une hypokaliémie modérée entraîne souvent une faiblesse musculaire, parfois une paralysie et une insuffisance respiratoire ; crampes, fasciculations et iléus paralytique sont possibles. Chronique, elle peut entraîner une polyurie avec polydipsie.
À partir de quelle kaliémie faut-il s’inquiéter ?
Les effets cardiaques restent habituellement minimes tant que la kaliémie ne descend pas sous 3 mmol/L, mais une cardiopathie ou un traitement par digoxine exposent à des troubles de conduction même en cas d’hypokaliémie légère. En dessous de 2,5 mmol/L, la recharge se fait par voie intraveineuse avec ECG continu et kaliémies répétées.
Comment savoir si la perte de potassium est rénale ?
Une excrétion urinaire supérieure à 15 mmol de potassium par jour sur le recueil des 24 heures, ou un rapport potassium/créatinine urinaire supérieur à 1,5 mmol/mmol (13 mEq/g) sur échantillon, traduit une perte rénale inappropriée. L’équilibre acide-base et la pression artérielle précisent ensuite la cause.
Pourquoi doser le magnésium en cas d’hypokaliémie ?
Plus de la moitié des hypokaliémies cliniquement significatives s’accompagnent d’un déficit en magnésium, surtout sous diurétique de l’anse ou thiazidique. Ce déficit aggrave l’hypokaliémie et la rend souvent réfractaire au potassium seul : les deux carences doivent être corrigées.
Sources et révision
- Hypokaliémie ↗
Manuel MSD — édition professionnelle · 2025 · Consultée le 15/10/2026
- Hypokalemia: a clinical update ↗
Endocrine Connections — revue (Kardalas et al.) · 2018 · Consultée le 15/10/2026
Page mise à jour le 15/10/2026. La consultation des sources ne vaut pas relecture médicale. Ces repères ne remplacent ni le jugement clinique ni les protocoles locaux.